Algérie - Victoire de la grève des cheminots

SUD-RAIL

lundi 31 mai 2010 par Antoine

Dimanche 9 mai, en Algérie, les travailleurs de la SNTF (Société nationale de transport ferroviaire) entamaient une grève illimitée. Ce mouvement avait d’ailleurs été précédé quelques semaines auparavant d’une grève concernant les salaires des conducteurs de locomotives de la région d’Alger.

Le mécontentement à propos des hausses vertigineuses des prix et à propos du pouvoir d’achat a éclaté lorsque les cheminots ont appris qu’ils n’auraient aucune augmentation, alors que des conventions de branche touchant une vingtaine de secteurs économiques venaient d’être signées entre la confédération syndicale UGTA et les entreprises. Le taux moyen de l’augmentation des salaires, fixé par ces conventions, variait entre 20 et 23 %.

« La situation financière de l’entreprise ne peut pas faire face à d’éventuelles augmentations demandées par les travailleurs », déclarait un membre de la direction de la SNTF au début de la grève. Les grévistes, eux, exigeaient une augmentation. Ils invoquaient aussi l’application de l’article 52 de la convention collective, qui spécifie que le salaire de base ne peut être inférieur au salaire minimum. On apprenait que le salaire de base de certains cheminots ne dépassait pas 12 500 dinars, alors que le SNMG -salaire national minimum garanti, équivalent au smic- a été porté en décembre 2009 à 15 000 dinars (150 euros).

La grève majoritaire a entraîné au bout de quelques jours la quasi-totalité des 10 000 cheminots de la SNTF, paralysant complètement le réseau.

La direction a tout tenté pour casser le moral des grévistes, et a fait appel à la justice. Celle-ci, le 12 mai, déclarait la grève illégale et ordonnait « l’arrêt du mouvement de grève et la reprise immédiate du travail. » Cela n’a pas entamé la détermination des grévistes.

On ne peut pas dire non plus que les grévistes aient été soutenus par les instances de l’UGTA. L’un des responsables de la fédération des cheminots, Djamel Bichikhi, reconnaissait d’ailleurs son impuissance à juguler le mouvement : « La direction sait pertinemment que la grève a été initiée par les travailleurs eux-mêmes, indépendamment de la volonté de leur hiérarchie syndicale. » En réalité, la grève a été initiée et organisée par des syndicalistes de base. Ceux-ci ont constitué une « cellule de crise » afin de coordonner le mouvement. Elle semble avoir joué un rôle dans la direction de la grève.

Samedi 15 mai, la fédération des cheminots, ainsi que Sidi Said, le secrétaire général de l’UGTA, appelaient à la reprise du travail, « en vue de favoriser la négociation dans la sérénité ». Le seul résultat de cet appel a été la colère des grévistes. Le lendemain dimanche, alors que ceux-ci entamaient leur deuxième semaine de grève plus déterminés que jamais, la direction acceptait des négociations, mais en exigeant au préalable la reprise du travail. Les grévistes refusèrent. Finalement, en fin d’après-midi, la direction cédait. Un communiqué signé par la direction de la SNTF et par la fédération des cheminots annonçait des négociations sur la convention collective et sur la base de l’article 52. Cela signifiait que la direction s’engage à porter le salaire de base à 15 000 dinars, au minimum. Cela entraîne automatiquement une revalorisation de la grille des salaires, qui devrait représenter une augmentation d’au moins 20 % du salaire de base. Certaines indemnités calculées à partir de ce salaire de base devraient également augmenter.

Les grévistes ont alors décidé de reprendre le travail, et le trafic a repris à partir de lundi 17 mai. Les travailleurs restent méfiants et vigilants, et ont lancé un avertissement à la direction : ils ont annoncé qu’ils se remettraient en grève le 1er juin si ses promesses ne se concrétisaient pas sur la feuille de paie.


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