Liberté pour les emprisonné-e-s et poursuivi-e-s à Khouribga, Missour, Figuig, Oujda, Marrakech et Agadir !

mardi 22 juin 2010 par Antoine

L’université et l’école publique marocaine connaît une attaque continue contre le droit à un enseignement libre gratuit. Cette attaque s’inscrit dans le cadre de la réforme de l’éducation instauré par l’Etat en 1999, sous la pression de la Banque Mondiale, et validé par le parlement du Roi en mars 2000. La mise en place d’un « plan d’urgence » à la rentrée 2009-2010 s’inscrit dans cette logique.

L’objectif est clair : la casse de l’université publique, gratuite et populaire, et la mise en place d’universités sélectives répondant aux besoins du capital, à l’instar de ce qui se passe dans plusieurs pays qui sont sous l’emprise de la Banque Mondiale libérale.

En réponse à cette attaque, le mouvement étudiant dans le cadre de son organisation : l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM), a entamé des luttes héroïques ces dernières années où les courants de la gauche révolutionnaire ont été à la pointe. Ces luttes ont été réprimées violemment par le pouvoir marocain, arrêtant et condamnant des dizaines d’étudiant-e-s à Fès, Taza, Meknès, Oujda, Tanger, Marrakech et Agadir.

L’université d’Agadir 2010 : une dynamique de lutte populaire et démocratique

L’université d’Agadir a connu cette année une lutte continue sous le mot d’ordre : « tous contre le plan d’urgence » en réponse aux conditions de scolarité et d’hébergement des étudiant-e-s : absence de moyens de transport, retards de versement des bourses, militarisation de la cité universitaire, absence de restaurant universitaire, baisse des effectifs des enseignants, sureffectif des étudiant-e-s, résultats universitaires catastrophiques douteux, mal-gestion de l’université,… Cette situation a été également critiquée par le syndicat du corps enseignant qui a observé une grève de deux jours en solidarité avec la lutte étudiante.

La lutte étudiante a atteint son pic pendant les mois de février et mars, où toutes les facultés de l’université étaient mobilisées et où l’auto-organisation de la lutte a permis une participation réelle de tou-te-s les étudiant-e-s dans la décision et l’organisation. Cette lutte a également connu une importante participation féminine.

Et grâce à la résistance des étudiant-e-s, une partie des revendications a été arrachée, et notamment à la faculté de Droit.

Cette dynamique a redonné confiance aux masses étudiantes et une légitimité aux militant-e-s de l’UNEM.

En réponse à cette lutte courageuse, la direction de l’université a imposé des dates d’examens début juin, juste après l’arrêt de cours, dans une tentative de faire échouer une grande partie des étudiant-e-s. Cette décision unilatérale injuste a donné lieu à une nouvelle lutte étudiante qui a abouti sur la décision de boycotter les examens et une manifestation géante a été organisée, défiant le blocus policier imposé autour de l’université, ce qui a donné lieu à des affrontements avec les forces de répression.

L’université d’Agadir 2010 : la lutte continue malgré la répression, le blocus et les arrestations

Le 7 juin, sous un blocus policier encore plus important, une assemblée générale a été organisée le matin à l’université et la décision de boycott des examens a été confirmée démocratiquement.

Dans l’après-midi, les forces de répression ont investi l’université, à la demande de la direction. Des affrontements ont eu lieu et ont duré jusqu’en début de soirée dans tous les quartiers avoisinant l’université. Les forces de répression ont contraint une petite partie des étudiant-e-s a passer les examens, les enfermant dans les salles et amphis, et les insultant et menaçant devant les yeux des enseignants.

Une trentaine d’étudiant-e-s ont été arrêtés puis une partie relâchée aux alentours de minuit. Cinq étudiant-e-s n’ont pas été libérés : Souad Haouti, Amine Bassir, Hicham Laaribi, Abdelfettah Ait Belkacem, Mohamed Mejdouf.

L’intervention policière sauvage a également donné lieu à plusieurs blessures et notamment une étudiante à la faculté de Lettres, poussée du 2ème étage, et qui est dans un état grave.

La répression policière a fait échouer le boycott des examens et les arrestations ont continué, intervenant aux domiciles des étudiant-e-s : Kamal Boutbagha, Mohamed Chouiss, Lahcen Benzouin, Mbarek Lkadi, Abdelaziz Ahdib.

Les 10 personnes arrêtées ont été présentées le 10 juin devant la justice de classe, avec des inculpations lourdes et infondées : violence contre fonctionnaires, résistance aux représentants de l’ordre avec violence, destruction de biens,…

Les jugements ont été reportés au 21 juin 2010. 5 personnes sont poursuivis en liberté conditionnelle alors que les 5 autres (Souad et cie) ont été emprisonnés dans le triste bagne d’Inezgane.

Le 14 juin, deux militantes étudiantes ont été également arrêtées au sein de l’université : Saadia Dhayem et Zahira Boulmsitri. Elles seront jugées le 16 juin prochain.

Et la liste des arrestations suite à la lutte étudiante à Agadir risque de s’allonger au vu de la plainte déposée par la direction de l’université.

Maroc, juin 2010 : un mois de plomb de la « nouvelle ère »

Le pouvoir marocain a décidé de réprimer tout mouvement contestaire, et notamment le mouvement étudiant très actif. Ainsi, le 14 juin, deux militants étudiants à l’université de Marrakech (Youness Salmi et Mohamed Larabi) ont été arrêtés avant qu’ils ne soient relâchés provisoirement (liberté provisoire).

Le 12 juin, le militant Abdelilah Alilabt (université de Tanger) a été libéré après 5 mois d’emprisonnement, alors que 2 militants étudiants de Marrakech et 4 autre de Oujda croupissent encore dans les geôles du pouvoir marocain.

Les 13 militants phosphatiers à Khouribga (lutte des 850 de la SMESI) ont été condamnés à 4 mois de prison ferme. Cinq chômeurs et syndicalistes ont été arrêtés à Figuig et ils seront jugés le 29 juin prochain. La population de Missour, en lutte pour récupérer les terres injustement perdues, a été violemment réprimée et 11 citoyen-ne-s sont poursuivi-e-s.

Pour la convergence des luttes contre l’oppression

Les luttes que connait l’université marocaine, malgré la volonté héroïque des étudiant-e-s engagé-e-s, se caractérisent par leur cadre local et partiel. Cela est le résultat de la destruction des cadres organisationnels de l’UNEM depuis les années 80 par les forces de répression et par là la fragilité des cultures démocratiques au sein du mouvement étudiant, entre les différentes composantes.

Cette année, le mouvement étudiant a franchi un grand pas en avant pour reconstruire un cadre démocratique et unitaire pour les luttes, et ce à travers la rencontre nationale publique de 4 courants progressistes de l’UNEM le 23 mars dernier à l’université de Marrakech, l’occasion de discuter de la violence dans l’université, de la répression politique et des perspectives unitaires de la résistance estudiantine.

Cette dynamique positive des composantes de la gauche révolutionnaire marocaine explique en grande partie la répression organisée par le pouvoir contre l’UNEM à Agadir, Marrakech et dans d’autres universités marocaines.

La responsabilité des différents courants du mouvement étudiant est de faire face à cette répression sauvage, renforcer les liens et le débat démocratique en son sein, et essayer de converger leur lutte avec les luttes ouvrières et populaires sur la base commune de défense des libertés syndicales et politiques et le droit à l’éducation, le droit à un emploi, le droit à l’organisation.

Cette situation nécessite également une solidarité active de toutes les forces de lutte au Maroc et à l’étranger avec toutes les victimes de la répression politique au Maroc et notamment les détenus du mouvement étudiant à Agadir et Marrakech,…

Liberté pour tous les détenus politiques !

Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM)

Courant des Etudiants Révolutionnaires

4e Internationale


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